Cette page ajoute une grille externe à la lecture de Shahrur et les droits de l’homme. La source de cette grille est le livre Les droits de l’homme dans la pensée des islamistes d’al-Baqir al-Afif, non comme source sur Shahrur, mais comme cartographie permettant d’examiner les manières dont le discours islamique traite la question des droits.
L’intérêt de cette page n’est pas d’attribuer à Shahrur une classification définitive, mais d’empêcher que la lecture ne se transforme en éloge général. La règle directrice est la suivante : le cadre d’al-Afif n’établit pas à lui seul une position chez Shahrur. Ce qui établit la position de Shahrur, c’est la preuve interne tirée de ses livres et des pages de l’atlas. Al-Afif nous aide plutôt à poser des questions plus précises : Shahrur affronte-t-il les questions difficiles ? Reconstruit-il le rapport entre le texte et la liberté ? Ou se contente-t-il d’une conciliation verbale ?
Le cadre d’al-Afif
Al-Afif distingue plusieurs approches des droits de l’homme :
- L’approche occultante : elle met en avant les points d’accord et passe sous silence les zones de tension.
- L’approche apologétique : elle affronte les questions embarrassantes, mais justifie les restrictions traditionnelles.
- L’approche défensive : elle attaque l’Occident ou la Déclaration universelle au lieu de traiter le problème interne.
- L’approche explicite : elle reconnaît que la charia traditionnelle distingue entre les êtres humains et accepte cette contradiction.
- L’approche évasive : elle emploie le langage des droits, mais le vide de son contenu par des restrictions religieuses vagues.
- L’approche sélective : elle sélectionne les textes conformes aux droits et laisse de côté les textes ou les lectures problématiques.
- L’approche rhétorique : elle formule de vastes affirmations sur la réalisation des droits sans preuves suffisantes.
- L’approche globale : elle reconnaît le problème dans la charia telle que le fiqh l’a formulée, puis propose une alternative fondatrice plus ample.
La place de Shahrur dans cette cartographie
Shahrur ne se laisse pas aisément ranger dans une seule de ces approches. La description la plus proche serait celle d’un cas de refondation coranique/linguistique : il ne défend pas le fiqh traditionnel tel quel et ne se contente pas d’affirmer que l’islam a précédé les droits de l’homme ; il tente plutôt de redéfinir la charia, les limites, l’interdiction, l’État civil, la liberté et la qiwâma à partir de sa lecture de la Révélation sage.
Ainsi, Shahrur se rapproche de la question de l’approche globale par la reconnaissance pratique du problème du fiqh historique, mais il s’en distingue par son outil. L’approche globale chez al-Afif est liée en particulier à Abdullahi an-Na’im et Mahmoud Mohamed Taha, tandis que Shahrur travaille au moyen de la distinction linguistique, de la négation de la synonymie, des limites et de la séparation entre l’interdiction divine et le droit civil.
Cette distinction est nécessaire : l’approche globale chez al-Afif est une catégorie de sa cartographie des positions islamiques à l’égard des droits de l’homme, tandis que la refondation coranique/linguistique constitue une description opératoire de la place de Shahrur dans l’atlas. La première décrit une manière d’affronter les droits de l’homme ; la seconde décrit l’outil de Shahrur pour reconstruire les concepts.
Résultat de l’analyse élargie
Après une analyse élargie de l’ensemble des fichiers du parcours des droits de l’homme, la classification générale demeure stable : Shahrur est plus proche de la refondation coranique/linguistique, avec une proximité avec la question de l’approche globale et des risques partiels de sélection ou de rhétorique si les preuves ne sont pas rigoureusement contrôlées.
Le résultat le plus solide apparaît dans les domaines de la liberté, de la dignité, de la citoyenneté, de l’État civil, du refus de la contrainte, ainsi que de la charia et du droit. Les axes qui requièrent un examen plus explicite sont en revanche : le changement de religion et les limites de la pratique publique ; l’égalité entre musulman et non-musulman comme formulation universelle, et non seulement civique ; les limites et les peines ; le corps, le vêtement et la protection des femmes ; ainsi que les droits procéduraux et sociaux.
Points de convergence
Confrontation avec le fiqh traditionnel : le parcours Fondements du fiqh et critique du fiqh patrimonial fait du fiqh une construction historique, et non une référence définitive placée au-dessus du Coran et de la réalité.
Liberté et refus de la contrainte : la page Liberté de croyance et d’opinion, et limites de la contrainte fait du refus de la contrainte un critère central, et non un ornement rhétorique.
État civil et citoyenneté : la page L’État civil, la citoyenneté et les droits lit les droits dans le cadre du droit et de la citoyenneté, et non dans celui d’une identité religieuse fermée.
La femme et la famille : la page La femme et la famille dans le cadre des droits de l’homme fait de la qiwâma, du consentement et de la violence des lieux d’épreuve, et non une marge du fiqh.
Points de divergence et de prudence
La proximité de Shahrur avec la refondation ne suffit pas à affirmer qu’il possède une théorie achevée des droits de l’homme. La page Ce qui est établi et ce qui ne l’est pas maintient clairement cette limite : certains droits sont fortement établis, d’autres sont déduits avec prudence, et d’autres encore ne sont pas établis dans cette version.
De même, l’usage du Coran pour reconstruire les droits ne tranche pas à lui seul la question de l’universalisation des droits à tout être humain. La question d’al-Afif demeure donc présente : l’interprétation religieuse produit-elle des droits pour l’être humain en tant qu’être humain, ou des droits pour le croyant au sein d’un langage coranique particulier ?
Questions d’examen par axe
| Axe | Résultat actuel de l’atlas | Question d’al-Afif |
|---|---|---|
| Liberté de croyance | Forte, avec la nécessité de préciser le changement de religion et la pratique publique | Le refus de la contrainte tranche-t-il la question de l’apostasie, ou la dissimule-t-il dans une formule générale ? |
| Femme et famille | Moyenne à forte | L’autorité masculine est-elle réellement supprimée, ou simplement réorganisée dans le langage de la fonction et de la responsabilité ? |
| Musulman et non-musulman | Forte dans la citoyenneté, mais nécessitant un examen universel plus large | Les droits appartiennent-ils à l’être humain en tant qu’être humain, ou au citoyen au sein d’un État civil ? |
| Charia et droit | Forte | La lecture sépare-t-elle le droit civil de l’interdiction, ou maintient-elle les droits soumis à une restriction religieuse vague ? |
| Limites et peines | Partielle et nécessitant révision | La théorie des limites restreint-elle la peine au bénéfice de la dignité, ou requiert-elle une traduction plus explicite dans le langage des droits ? |
| Droits sociaux et procéduraux | Faibles ou déduits avec prudence | L’horizon de la dignité et du droit suffit-il à établir un droit juridique précis ? |
| Charte internationale | Outil de comparaison, non de démonstration | La comparaison révèle-t-elle de véritables lacunes, ou une convergence sélective entre deux langages ? |
Conclusion
Le cadre d’al-Afif fait de Shahrur un cas d’épreuve plutôt qu’un objet d’éloge. La question n’est pas : l’islam chez Shahrur est-il beau ou compatible avec les droits de l’homme ? Elle est plutôt : sa lecture reconstruit-elle le texte, le droit et la liberté de manière à produire des droits vérifiables, plutôt que des slogans généraux ?
La réponse actuelle de l’atlas est la suivante : Shahrur se rapproche davantage de la refondation que de l’occultation, de l’apologie ou de la défense. Mais ce jugement n’efface pas les zones de prudence : les droits sociaux, les garanties procédurales, certains détails relatifs à la violence et à la peine, ainsi que les limites de l’universalisation des droits aux non-croyants ou aux non-citoyens. La classification demeure donc un outil de travail conditionné par les preuves internes et leurs degrés d’établissement.