• Titre : Assécher les sources du terrorisme
  • Auteur : Muhammad Shahrur
  • Nombre d’unités de lecture : 10

Résumé général

Shahrur propose dans ce livre une lecture critique du sens du terrorisme et de ses sources, et estime que ses racines essentielles ne se trouvent pas dans le Coran, mais dans l’accumulation jurisprudentielle et hadithique ainsi que dans l’instrumentalisation politique de la religiosité. Il part d’une redéfinition de concepts centraux tels que le Livre et le Coran, le muhkam et le mutashabih, ainsi que kataba et faraḍa, puis construit à partir de là une vaste déconstruction des notions de jihad, de combat, de martyre, de loyauté et de désaveu, et d’apostasie. Il affirme que le message muhammadien est un message de miséricorde, de liberté et d’universalité, et que toute compréhension qui fait de la religion un instrument de contrainte ou de tyrannie est une compréhension historique dévoyée. Il insiste aussi sur le fait que le combat dans le Coran est contraint et conditionnel, et que son objectif est de protéger la liberté, la justice et l’égalité, non d’imposer la croyance ni d’étendre le pouvoir. Il revoit également des notions religieuses et sociales telles que le convenable et le blâmable, l’excès et le gaspillage, le hijab, la loyauté et l’ordre de faire le bien, afin de les ramener à leurs origines linguistiques et coraniques. Dans un autre prolongement, il critique de nombreux récits hadithiques et croyances invisibles héritées de la tradition lorsqu’ils entrent en contradiction avec la raison, le réel et les finalités du texte. Il fonde l’idée que le texte coranique est fixe, mais que la compréhension humaine évolue historiquement, et que l’ijtihad constitue le cadre naturel pour organiser les affaires d’une vie changeante. Il fait aussi de la liberté, de la dignité et du choix le fondement éthique et normatif de la lutte contre le terrorisme et de l’assèchement de ses sources. Le livre montre clairement sa volonté de séparer la religion de son usage autoritaire, tout en maintenant la référence coranique au-dessus du fiqh historique.

Thèses centrales

  • Le terrorisme est, dans son essence, le produit d’une lecture historique rigidifiée de la religion, et non d’un texte coranique en soi.
  • Le fiqh hérité et le hadith consigné plus tard ont contribué à déplacer le centre de la religion de la révélation vers le récit et le pouvoir.
  • Le jihad est plus large que le combat, et le combat n’est ni une fin ni une obligation absolue, mais une charge de nécessité.
  • Le martyre dans le Coran signifie la présence, le témoignage et l’attestation, et pas seulement la mort au combat.
  • La loyauté et le désaveu sont des notions historiquement employées qui, dans la tradition, ont été vidées de leur portée coranique au profit de l’exclusion et de l’anathème.
  • L’apostasie, dans son origine historique et politique, s’est mêlée au religieux, et rien dans la Révélation sage n’établit une peine mondaine pour l’apostat.
  • Les valeurs suprêmes de l’islam sont la liberté, la justice et l’égalité, et ce sont elles qui constituent la finalité du combat légitime lorsqu’il a lieu.
  • Le texte coranique est fixe, tandis que la compréhension et la législation détaillée varient selon le temps et le savoir.
  • Beaucoup de jugements et de notions en circulation aujourd’hui relèvent de lectures jurisprudentielles historiques et non de significations coraniques nécessaires.
  • La lutte contre le terrorisme exige une révision de l’enseignement, du fiqh politique et une séparation de la religion d’avec son instrumentalisation par le pouvoir.

Concepts fondamentaux

  • Le Livre : l’ensemble des versets du mushaf tout entier, ou le tout composé du sujet coranique.
  • Le Coran : la partie mutashabih du Livre, et il comprend les cosmologies et les récits.
  • Le muhkam : les versets fixes qui représentent la Mère du Livre et contiennent les limites, les ordres et les interdits.
  • Le mutashabih : ce dont la compréhension change au fil des époques, comme les cosmologies et les récits.
  • Kataba : indique le rassemblement, l’adjonction, l’obligation ou la consignation selon le contexte.
  • Faraḍa : indique la détermination, la clarification et la levée de la gêne, ou l’établissement d’une limite et d’une mesure.
  • Le jihad : l’effort déployé ; il peut être moral ou défensif, et n’équivaut pas au combat.
  • Le combat : un affrontement armé contraint dans un contexte déterminé.
  • La shahada : présence, conscience et attestation de l’événement ou du droit.
  • Le shahid : celui qui est présent, qui entend et qui voit, et pas seulement le tué.
  • Le terrorisme : dans l’usage coranique, il est lié à la dissuasion et à la crainte révérencielle, non au meurtre d’innocents.
  • La mécréance : une position hostile affichée ou un voilement de la vérité, et non un jugement absolu sur les personnes.
  • Le shirk : attribuer à autre qu’Allah des qualités de stabilité ou d’incarnation, ou lui associer un partenaire dans le culte.
  • La loyauté : une relation sociale ou doctrinale choisie selon le domaine.
  • Le désaveu : le fait de se dégager d’une position ou d’un acte après en avoir établi le motif, non la haine absolue des gens.
  • L’apostasie : elle peut être politique ou doctrinale, et le contexte politique est le plus saillant dans la critique shahrourienne.
  • La liberté : la valeur suprême et la première finalité.
  • Le convenable : ce que la raison et la société jugent bon dans le bien.
  • Le blâmable : ce que les esprits sains et la société réprouvent.
  • L’excès : le dépassement de la limite séparant le licite de l’illicite.
  • Le gaspillage : le dépassement de la mesure à l’intérieur du licite.
  • Le hijab : une barrière spatiale qui n’est pas équivalente au vêtement.
  • Les juyub : des emplacements ou des couches visibles et cachées du corps dans le contexte de l’ornement.
  • Le trône : les ordres d’Allah, ses interdits et ses prohibitions.
  • Le siège : les connaissances du Seigneur des mondes.
  • Le lexique / l’énoncé / la prononciation : des degrés distincts de signification et d’énonciation.
  • L’islam : la soumission à Dieu et l’œuvre juste.
  • La foi : l’adhésion liée au message de Muhammad et à ses rites propres.

Méthode de Shahrur dans ce livre

  • Il s’appuie sur l’analyse linguistique des racines arabes avant de construire le sens.
  • Il interprète les termes coraniques à partir de l’usage coranique et non des terminologies héritées.
  • Il distingue toujours le texte normatif fixe de l’information historique ou narrative.
  • Il lit les versets dans leur contexte historique et thématique, sans les séparer de leur antériorité ni de leurs suites.
  • Il confronte le Coran à l’héritage jurisprudentiel et hadithique pour mettre au jour la déformation ou l’usage politique.
  • Il relie la compréhension aux finalités humaines générales : liberté, dignité, paix et refus de la contrainte.
  • Il recourt à la comparaison historique et sociale pour montrer l’évolution des concepts à travers les époques.
  • Il fonde une grande partie de ses conclusions sur la distinction entre message et prophétie, et entre ijtihad et transmission.

Les questions les plus souvent mises en avant

  • Le jihad, le combat, l’expédition militaire et leurs significations coraniques et héritées.
  • La shahada, le martyre et leur lien avec la mort au combat.
  • La loyauté et le désaveu et leurs mutations confessionnelles et politiques.
  • L’apostasie et son rapport au pouvoir et au conflit politique.
  • L’ordre de faire le bien et l’interdiction du blâmable, ainsi que les mécanismes de leur application sans contrainte.
  • Le convenable et le blâmable, le licite et l’interdit, l’excès et le gaspillage.
  • Le hijab, le vêtement, les juyub et la femme dans le contexte coranique.
  • La fixité du texte et la mobilité de la compréhension, ainsi que l’abrogation entre les messages et non à l’intérieur de la Révélation sage.
  • La critique du hadith et des croyances invisibles héritées lorsqu’elles heurtent la raison et le réel.
  • Le concept de liberté comme finalité suprême face à la tyrannie et au terrorisme.

Mots-clés pour un retour rapide

  • Terrorisme
  • Jihad
  • Combat
  • Shahada
  • Martyre
  • Loyauté et désaveu
  • Apostasie
  • Gouvernance divine
  • Ordonner le convenable
  • Interdire le blâmable
  • Le convenable et le blâmable
  • L’excès et le gaspillage
  • Hijab
  • Le muhkam et le mutashabih
  • Kataba et faraḍa
  • Liberté
  • Justice
  • Égalité
  • Révélation sage
  • Fiqh hérité
  • Lecture linguistique
  • Contexte historique

Couche de l’atlas

Thèse du livre dans l’atlas

Ce livre affirme que le terrorisme ne relève pas de l’essence de l’islam, mais des lectures traditionnelles rigidifiées et de l’instrumentalisation politique de la religion. Il relie donc le renouvellement de la compréhension coranique à la délégitimation de la violence, et à la réhabilitation de la liberté, de la miséricorde et de la connaissance mutuelle.

Axes de lecture

  • Le terrorisme est le produit d’une lecture historique rigidifiée.
  • Le jihad, le combat et la shahada sont des notions distinctes.
  • La liberté est l’origine des finalités et sa préservation est une responsabilité sociale.
  • La religion rejette la contrainte et est encadrée par une fonction mondaine de l’État.
  • La connaissance mutuelle et l’appartenance multiple produisent une communauté sans contradiction.

La structure sur laquelle repose le livre

  • Il renvoie la violence à la lecture et non au texte.
  • Il distingue le jihad du combat et du terrorisme.
  • Il relie les finalités à la liberté et à la dignité.
  • Il place l’État dans le domaine mondain et organisationnel.

Les grandes synthèses

  • Le message coranique fonde la liberté et rejette la contrainte ainsi que l’autorité religieuse coercitive.
  • Le combat coranique est défensif et limité, et le contexte historique empêche de légitimer le terrorisme.
  • L’architecture de la révélation et l’interprétation historique contrôlée empêchent de transformer la religion en violence.
  • Le vivre-ensemble humain dans le Coran repose sur la connaissance mutuelle et l’action, non sur l’exclusion et l’hostilité.
  • Les outils de compréhension linguistique et finaliste élargissent la portée éthique du texte.

Introduction du livre

Le livre présente une défense de l’islam à partir du texte lui-même, et non une simple réplique politique à la violence. Shahrur y relie la justesse de la lecture à la justesse de l’espace public, et fait de la liberté et de la justice le critère de compréhension du combat et du jihad.

Carte des couches

Cette page n’est pas une copie du livre ni un résumé de remplacement, mais une carte de lecture de ses concepts, de ses arguments et de ses trajectoires. Il est recommandé de revenir au texte original pour en saisir le contexte complet.