C’est l’axe le plus fort dans la lecture de Shahrur et les droits de l’homme. Sa force tient au fait qu’il ne part pas d’un simple slogan général sur la tolérance, mais du refus de la contrainte en religion et du droit à l’expression pacifique, puis met cela à l’épreuve dans les dossiers du djihad, du combat et de la violence.
L’idée centrale
Chez Shahrur, la liberté de croyance n’est pas une licence accordée par l’autorité, mais une limite imposée à l’autorité. S’il n’y a pas de contrainte en religion, alors il n’est pas permis de transformer la religion en instrument de coercition politique ou sociale. Et si la liberté d’expression pacifique est un droit, alors il n’est pas permis de transformer le désaccord en violence, en anathème ou en exclusion.
Les témoignages les plus forts
Pas de contrainte en religion : elle est établie par le « pas de contrainte en religion » comme négation absolue avec l’axe Al-Baqara 256. La force de ce témoignage est qu’il fait de la négation de la contrainte une règle générale et non une exception.
Liberté d’expression pacifique : elle est établie par la liberté d’expression pacifique. La force de ce témoignage est qu’il relie le droit à l’opinion à la paix et au refus de la violence.
La loi organise la liberté et ne la confisque pas : à lire avec la liberté est le principe que la Constitution limite et que la loi organise. Cela empêche de comprendre la liberté comme une anarchie, et empêche de comprendre la loi comme un outil de contrainte religieuse.
L’apostasie n’ouvre pas la porte à une contrainte temporelle : à lire avec l’apostasie historique où le religieux s’est mêlé au politique et où il n’y a pas de peine temporelle. Ce témoignage est important parce qu’il sépare la croyance de la sanction politique.
Son rapport à la violence
La question de la violence n’engloutit pas cet axe, et celui-ci ne l’engloutit pas non plus. La liberté de croyance pose la règle : pas de contrainte. Quant à djihad, combat et terrorisme, elle étudie ce qui se produit lorsqu’il y a usage de la force, agression ou défense.
Il faut donc lire djihad, combat et critique de la violence comme un test de la règle de liberté, et non comme son substitut. La question n’est donc pas : existe-t-il seulement une liberté de croyance ? Mais : cette conception empêche-t-elle de légitimer la violence ouverte au nom de la religion ?
La comparaison juridique
Dans la comparaison internationale, cet axe correspond aux articles relatifs à la liberté de pensée, de conscience et de religion, ainsi qu’à la liberté d’opinion et d’expression. Il est donc directement lié à la page Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
Mais ici, la comparaison ne signifie pas identité. Shahrur construit l’argument de l’intérieur du Coran, de la liberté et de l’État civil, tandis que le pacte international le formule dans un langage juridique international. La fonction de la comparaison est de révéler la force du croisement et les limites de la traduction entre les deux langages.
Les limites de l’axe
Cet axe est fort pour nier la contrainte et affirmer la liberté de croyance et d’opinion pacifique. Mais il requiert une recherche plus large sur des questions détaillées : le changement de religion, la pratique publique des rites, les restrictions juridiques à l’expression, le discours de haine, et le rapport au droit international humanitaire en cas de combat.