Que désigne cette relation ?
Cette relation relie deux principes de lecture : la négation de la synonymie et le refus de traiter la Révélation sage comme on traite les vers poétiques. Lorsqu’un terme n’est pas du remplissage et remplit une fonction, on ne peut supposer qu’il constitue une répétition esthétique ou un mot interchangeable avec un synonyme sans conséquence. La « logique de la poésie » est ici une appellation explicative de l’atlas, non un terme emprunté : elle désigne ce contre quoi Shahrur a explicitement mis en garde, à savoir considérer la Révélation et traiter ses versets comme on considère la poésie et les vers poétiques.
Ce qui est attribué à Shahrur
Shahrur affirme que « chaque lettre y a une fonction, et chaque mot y a une mission », puis décrit la Révélation comme « exempte de gratuité ». Il lie son éloquence à la transmission du sens « avec le plus petit nombre de mots, et à l’absence de synonymie et de remplissage ». L’éloquence consiste à transmettre le sens avec le moins de mots possible
Dans son interprétation de la parole divine, al-Haqqa 41, il affirme que l’essentiel est l’avertissement « de ne pas considérer la Révélation comme nous considérons la poésie, ni de traiter ses versets comme nous traitons les vers poétiques ». Refus de la synonymie entre les termes de la Révélation
Cela ne signifie toutefois pas que, lorsqu’il parle des arts, il présente la poésie comme interdite en elle-même : il dit que la Révélation « n’a pas interdit la poésie, le récit et tous les autres arts de la parole, et n’a pas critiqué la poésie ni la littérature », et que sa critique visait le « phénomène du manque d’engagement dans la poésie et la littérature ». Les Poètes 224-226
Explication de l’atlas
Cette page n’assimile pas la poésie au remplissage, et ne fait pas de la négation du caractère poétique un jugement sur toute pratique poétique. Elle explique plutôt la fonction de ce lien dans la méthode de lecture : la négation de la synonymie et du remplissage exige de prêter attention aux différences lexicales et aux fonctions des termes ; l’avertissement contre le traitement de la Révélation comme des vers poétiques empêche de réduire ces différences à de simples ornements ou à des répétitions dépourvues de signification.
En ce sens, cette distinction ne constitue pas une dépréciation de la poésie en tant qu’art, mais une séparation entre la manière de recevoir la Révélation que Shahrur prescrit et le traitement des vers poétiques qu’il a mis en garde contre l’application aux versets.
Conclusion synthétique
Les deux témoignages peuvent être articulés en une règle de lecture circonscrite : il ne faut pas présupposer la synonymie ou le remplissage dans les termes de la Révélation, ni lire le verset comme une formulation dont on pourrait négliger la précision lexicale au nom de l’effet esthétique. Il s’agit d’une conclusion tirée du rapprochement entre ses propos sur la fonction du terme et l’éloquence, et ses propos sur le fait de ne pas traiter les versets comme des vers poétiques ; ce n’est pas une définition qu’il aurait lui-même donnée de l’expression « logique de la poésie ».
Question ouverte et limites de la page
La manière de concilier son affirmation, dans le contexte de la négation du caractère poétique de la Révélation, selon laquelle « la poésie est illusion », avec son affirmation que la Révélation n’a pas interdit la poésie ni la littérature, demeure une question qui exige un examen plus large des contextes des deux ouvrages. Cette page ne tranche pas que Shahrur qualifie toute poésie d’illusion, et ne déduit pas de sa critique des poètes une interdiction de la poésie ou de l’art.