Ce parcours lit l’une des zones les plus sensibles du projet de Shahrur : la souveraineté. Chez lui, le terme ne conduit ni à un État religieux ni à l’autorité d’un juriste au-dessus de la société, mais à une distinction stricte entre ce qui relève de Dieu en matière de licite et d’illicite, et ce que les humains produisent dans le droit, la constitution et la législation civile.

La question ici n’est pas simplement politique au sens abstrait du gouvernement, mais une question de source de l’obligation : les êtres humains peuvent-ils ajouter des interdictions au nom de la religion ? Le droit civil se transforme-t-il en branche d’un pouvoir religieux ? Ou bien l’interdiction demeure-t-elle limitée à la révélation, tandis que la société prend en charge l’organisation du licite et du mutable à travers des institutions élues et un droit général ?

Question du parcours

Comment Shahrur redéfinit-il la souveraineté de manière à empêcher les humains de monopoliser l’interdiction, sans empêcher la société de légiférer ?

Réponse courte

La souveraineté, chez Shahrur, signifie que Dieu seul possède le pouvoir de rendre licite ou illicite, et non qu’un groupe religieux ou une autorité politique gouverne au nom de Dieu. Les humains ne peuvent donc pas ajouter de nouvelles interdictions, mais ils peuvent édicter des lois civiles qui organisent le domaine permis et changeant. L’État devient ainsi chez lui un État de droit, de constitution et de citoyenneté, et la législation relève des assemblées élues, non des juristes ni du dirigeant individuel.

Conclusion

  • La souveraineté encadre le pouvoir d’interdire et n’accorde à personne de mandat politique sacralisé.
  • L’interdiction est divine et limitée, tandis que le droit civil est une organisation humaine et évolutive.
  • Les détenteurs de l’autorité se lisent comme une instance législative à laquelle on obéit pour ses lois, non pour les personnes elles-mêmes.
  • La constitution est un contrat social humain, et la législation relève de la représentation civile.

Carte de montée

Commencez par la distinction entre le licite et l’illicite, puis montez vers la différence entre l’interdiction et la prescription, puis vers la souveraineté en tant que limitation de l’interdiction à Dieu. Passez ensuite à l’État civil : constitution, droit, assemblées élues et détenteurs de l’autorité. C’est à ce point que se révèle la spécificité de Shahrur : la religion reste une référence éthique, mais le pouvoir politique ne devient pas propriétaire de l’interdiction.

NiveauSa questionSon nœud
Licite et illiciteQui possède le pouvoir d’interdire ?L’interdiction appartient à Dieu seul
Prescription et droitToute prohibition est-elle une interdiction ?La prescription ne vaut pas toujours interdiction
SouverainetéS’agit-il d’un gouvernement politique au nom de Dieu ?Limiter l’interdiction à la révélation
ConstitutionQui organise la société ?Contrat social et droit civil
Détenteurs de l’autoritéÀ qui doit-on obéir ?Aux lois, non aux personnes

Liens du parcours

Relations englobantes

Livres à lire

Versets proches

  • Les Femmes 59 : entrée sur les détenteurs de l’autorité, l’obéissance et la législation.
  • Al-A‘râf 33 : entrée sur la limitation des interdits.
  • La Table servie 1 : entrée sur la permission et les contrats.
  • L’Araignée 29 : exemple de la différence entre jugement social et interdiction.
  • La Caverne 26 : origine proche de la construction de la représentation de la souveraineté.

Avant / après

Avant ce parcours, lisez La législation et les limites pour comprendre la différence entre interdiction, limite et droit, et lisez L’État et la religion pour comprendre le cadre politique général.

Après lui, passez à La bonne gouvernance et la démocratie si vous souhaitez voir l’effet de cette distinction sur la constitution, les institutions et la reddition de comptes, ou à Les fondements du fiqh et la critique du fiqh traditionnel si vous souhaitez voir son effet sur le fiqh, ou encore à L’univocité et le pluralisme si vous souhaitez voir son effet sur la critique de l’autoritarisme.

Point de controverse

La controverse ici tient au fait que Shahrur vide la souveraineté de son sens idéologique courant dans l’islam politique et la ramène au domaine de l’interdiction. Ceux qui l’approuvent y voient une manière d’empêcher l’usage de la religion pour produire le despotisme et l’excommunication. Ses opposants estiment, eux, qu’il rétrécit le sens de la charia et du gouvernement, ou qu’il impose au texte le modèle de l’État moderne, de la constitution et des assemblées élues.

Dans l’atlas